Petite bio de Joachim de Flore

Publié le par Votre Prieur

Une petite biographie de Joachim de Flore

Joachim de Flore est né à Celico (Calabre) en 1132, entre les deux grands schismes. Parti en Palestine, Joachim y découvre Dieu, à qui il souhaite offrir sa vie. Se retirant dans le monastère cistercien de Corazzo, il vit l’ascèse de façon exemplaire, et s’essaye avec brio dans l’art de l’exégèse. Fondateur de l’abbaye de Saint-Jean-des-Fleurs (son nom y trouve son origine), il se veut réformateur de l’ordre de Cîteaux. Son ordre monacal disparaîtra quelques siècles plus tard. En 1202, il rend son âme à Dieu, laissant derrière lui une Concordance des deux Testaments et un Commentaire sur l’Apocalypse, notamment. Un ami dans le Seigneur que ce Joachim pour les Frères du Libre-Esprit, ayant jetté les bases d'une grande partie de leurs doctrines.

 

Un pur produit

Joachim est un pur produit de l’époque : remonté contre les hérétiques qui pullulent, et pourtant, les inspirant malgré lui au passage, il se méfie des laïcs et des défenseurs de la raison, des théologies augustiniennes pessimistes, mais aussi de l’Eglise-institution, qui ne verra d’ailleurs pas d’un très bon œil ses critiques formulées à demi-mots, l’accusant de trithéisme au quatrième Concile de Latran, en 1215.

 

L’oeuvre     

La pensée de Joachim de Flore s’articule autour de deux grands axes : la philosophie de l’histoire, et le millénarisme. Concernant le premier, il pose les bases d’une certaine crise de la modernité, en jettant les bases d’une nouvelle science qui trouvera en Hegel son aboutissement.  Maurice Lagueux (MAURICE LAGUEUX, Actualité de la philosophie de l'histoire, Presses de l'Université Laval, Québec 2001, p 62) précise la façon dont Joachim de Flore a jeté les bases de la philosophie de l'histoire: «Pour Joachim, l'histoire constituait une véritable énigme qu'il s'agissait de déchiffrer à l'aide de clefs, lesquelles ne pouvaient être trouvées que dans les textes sacrés. Ceux-ci, en effet, étaient réputés issus de la main de Dieu lui-même dont il s'agissait justement de comprendre le plan secret puisque l'histoire passée et à venir ne pouvait qu'en découler. Dans la tradition chrétienne, ces textes sacrés étaient répartis en deux grandes composantes qui divisaient elles-mêmes l'histoire en deux grandes époques, soit l'Ancien Testament dominé par les interventions d'un Dieu représenté sous la figure du Père Éternel et le Nouveau Testament qui correspond essentiellement à la période chrétienne dominée par la figure du Christ, le Fils du Père. Or, l'un des dogmes centraux du christianisme est celui de la Trinité qui affirme qu'il y a trois personnes en Dieu, soit le Père et le Fils, bien sûr, mais aussi l'Esprit-Saint. Dès lors, puisqu'un premier « état » de l'humanité, évoqué par l'Ancien Testament, se présente comme celui du Père et qu'un autre associé au Nouveau Testament peut être placé sous l'égide du Fils, pourquoi n'y aurait-il pas place pour un troisième état dans l'histoire de l'humanité qui serait celui de l'Esprit-Saints? Bien que Joachim se soit défendu d'associer trop directement chacun de ces états à telle ou telle personne de la Trinité , l'idée de faire ainsi appel à la troisième personne de cette Trinité ouvrait pour lui la possibilité d'aller au-delà du message chrétien ou, plus précisément, de le dépasser sans le renier pour autant. En cela, il n'était que l'un de ceux qui furent ou qui devaient être séduits par les perspectives spirituelles inépuisables offertes par l'Esprit-Saint dont le rôle dans l'économie du salut avait, en quelque sorte, l'avantage d'être encore à définir. Joachim, qui mettra d'ailleurs ce nouvel état de l'humanité sous le patronage des moines, y verra l'occasion d'un dépassement spirituel qui peut paraître bien inoffensif, mais l’idée d’un légitime dépassement du message chrétien devait faire son chemin au sein de la théologie puis de la philosophie de l’histoire. »

 

Concernant le second point, Joachim divise l'histoire humaine en trois périodes : l'âge du Père : la création du monde et l'Ancien Testament, l'âge de Dieu le Père qui donne la Loi , l'âge du Fils : le Nouveau Testament, la révélation, un message d'amour pour tous et l'âge de l'Esprit : un âge où tous comprendront le message de Jésus. Si l’on taxe Joachim de millénariste, l’avènement du Christ où il l’entend ne ressemble pourtant en rien à celle évoquée encore aujourd’hui dans des Eglises comme la United Church of God, pour ne citer qu’elle. Joachim y voit une période spirituelle et mystique, dans laquelle l’Eglise trouvera son salut, de manière à pouvoir l’offrir au monde. Certains auteurs auront trouvé en Joachim un écho à la doctrine cathare des Parfaits, s’auto-instituant représentant de cette nouvelle ère. Loin de tout élitisme, Joachim souhaite au contraire ouvrir les yeux au monde, afin qu’il prenne conscience de la profonde transformation qu’il traverse.  

 

Son héritage

Fêté le 29 mai, Joachim de Flore est déclaré Bienheureux, même s’il n’est jamais entré en procès de béatification. Du XIIème siècle jusqu’à aujourd’hui, sa pensée a influencé clercs et monarques. Dans l’Apocalypse, Joachim de Flore associe volontiers le dragon à sept têtes à sept personnalités, qui précèderont le retour du Christ en Majesté, assisté par un Nouvel Empereur des derniers jours. Nombre de grands personnages et d’élites plus ou moins sectaires se seront retrouvés dans cette magistrature pour le moins eschatologique. Sa postérité la plus importante est spirituelle, influençant nombre de courants dits dissidents ou hérétiques, tels que les Frères du Libre-Esprit, les Guillelmites de Milan, les apostoliques et les dolciniens mais aussi les spirituels franciscains.

 

Votre Prieur 

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