12 - En mémoire du Jour des morts 02/11/2005

Publié le par Votre Prieur

Cette année encore, le Jour des Morts s’est déroulé dans une ambiance somme toute bien morbide. Evidemment, me diront certains, puisque la mort n’a rien de vraiment très heureux. Pourtant, ce n’est pas les faces de Carême attristées de nos chers célébrants qui auront revêtu de noir et d’orange ce jour et ses veilles, mais bien une étrange tradition celtique, remis au goût du jour par nos frères dans la foi des sacro-saints Etats-Unis. Une année de plus, à découvrir à côté des promos de Saint-Nicolas encore sous cellophane des rayons plein de masques affreux, de citrouilles qui ont visiblement l’air de s’amuser beaucoup et autres chauve-souris défiant les limites de la tolérance. Il y a quelques années déjà, un enfant interrogé à ce propos me répondait que s’il avait congé, à la Toussaint, c’était à cause d’Halloween. Curieux en effet qu’une enfant de Paris-la-Belle ne puisse expliquer pourquoi ce grand bâtiment à clocher fête aussi Noël, et que ce premier exemple ne sache plus à corresponde ses jours de congés. Cela fera rire ou pleurer, comme lorsqu’on apprend qu’un enfant sur deux en Grande-Bretagne n’arrive pas à faire le lien entre patates et frites … Mettons cela une fois de plus sur le dos de l’éducation dégénérescente ou sur celui de l’ignorance non-avouée de milliers de parents.

Un Jour pour célébrer les morts ? Bizarre. Chez nous, pas de crânes exhibés entourés de fleurs multicolores ni même de bâtons d’encens à la mémoire des sages ancêtres. Juste un jour, comme celui de la femme ou du sans-achat.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un jour et une messe, parce que, quand même, les morts méritent qu’on se souvienne d’eux au moins une fois dans l’année. En dan ? D’abord le refus de voir consacrée une journée comme les autres sous le prétexte de la destiner à une bonne cause ; parce que la mémoire n’a ni date ni heure, et que le souvenir ne se pliera jamais au dictat du dogme, fût-il populaire. Ensuite, le vocabulaire employé, qui, pour l’Eglise dépositaire de ladite marque de fabrique, semble pour le moins incohérent. Un jour des morts, alors quel le Christ dit Lui-même « je suis le chemin, la vérité et la vie » ? En Dieu, point de fête ni de célébration : juste la vie, pleine et entière. Un autre état d’être, si vous préférez. Car la mort n’est pas la fin, juste un changement d’état. Pourquoi donc alors qualifier de mort ce qui dépasse notre entendement, et qui fût présenté par le fondateur de notre Bel Ordre comme tout, sauf la mort au sens où nous l’entendons ?

 

 

 

 

 

 

 

 

« Le salaire du péché, c’est la mort » : la maxime biblique bien connue nous rappelle l’une des conditions de notre monde. Le péché.

 

 

 

 

Un péché fort éloigné des considérations de saint Augustin, sans doute trop en prise avec ses débordements mystiques que pour établir la vraie raison de ce péché par sa définition. Revoyez votre étymologie, frères et sœurs, puisque le péché serait ré d’un mot hébreu : PESCHAH. Et il ne signifie ni mal, ni considérations d’ordre moral ou éthique, juste le passage. Un mot qui aura donné péché, mais aussi Pâques … Le péché, frères et sœurs, n’est pas sujet au jugement, quoi qu’on en pense. Il est un passage d’un bord à un autre, une trans-mission, une trans-gression. Aux yeux de Dieu, le péché est ce qui ne concourt pas à l’absolu fini, à ce qui toucherait un jour à la perfection. La péché n’est pas la perfection, il est un lien qui existe entre deux conditions, deux propositions, deux états, deux champs de pensée et de réalité. Nous sommes bien loin du péché synonyme du mal enseigné par nos catéchistes ! La mort est due au péché, à cet éloignement que connaît le monde de Dieu, et ce, depuis une origine, assez incertaine il faut bien l’admettre. Si le monde connaît la mort, c’est parce qu’il l’a reçue comme condition d’existence, comme contrepartie à la soif de connaissance. La mort fait partie de la vie, puisqu’elle en assure la validité. A l’inverse également, la vie fait partie de la mort, puisqu’elle lui offre un équilibre ingénieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le demi sophisme honteux n’ira pas plus loin aujourd’hui. La partie n’est jamais le tout, et grand bien m’en fasse de ne point m’allonger là-dessus aujourd’hui.

 

 

 

 

Toutefois, n’oublions pas que le culte des morts est chose bannie, au même titre que la communication avec eux ou la divination par le café. En jouant du culte pour les morts, l’Eglise ne joue-t-elle pas avec un feu dont elle ignore la force ? n’introduit-elle pas quelque dimension psychologique ou populaire au sein d’un enseignement qui nous prouve que cela ne sert à rien ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Si le souvenir est essentiel à la construction du vivant, la prière à Dieu pour l’intercession des morts ne doit jamais devenir une prière aux morts … Ni une célébration de leur état.

 

 

 

 

 

 

 

 

Si l’adage nous souhaite de laisser les morts dormir en paix, c’est qu’il doit y avoir une bonne raison. « Laisse les morts enterrer les morts » nous invite Dieu : serons-nous de ceux encore préoccupés par ceux qui ne sont déjà plus entre nos mains, ou laisserons-nous là nos défunts pour Le suivre ?

Votre prieur.

 

 

 

 

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