18 - En mémoire de Pâques 2006

Publié le par Votre Prieur

Frères et sœurs,

Dans quelques jours, nous célébrerons la plus grande des fêtes. Celle qui transcende la soit-disant montée aux Cieux de la Mère du Christ, celle qui occulte la fête chrétienne réservée aux plus fondamentalistes d’entre nous des pains azimes. Pâques, la grande, la belle. Celle qui, comme Paris, allumera ses lumières afin de nous faire voir celui qui appuie qui sur l’interrupteur. En marchant vers Pâques, nous montons également vers Jérusalem, ville aux mille remparts, construits par nos erreurs et misconductions, pour emprunter à mes collègues anglicans ce terme aussi approprié que flou, barrière linguistique incontournable synonyme de nos erreurs et surtout de notre ignorance. Jérusalem accueillit donc un jour ce pauvre fils de charpentier, à la fois faiseur de miracles et moine du désert, juif parmi les autres juifs et démocrate de l’universel. Un bien curieux personnage, que celui qui entra dans Jérusalem, assis sur un âne – c’est-à-dire sur la bête qui porte le joug – frisant le ridicule et versant de son propre chef dans l’autodérision des plus alarmantes. On l’a acclamé, et puis on lui a craché dessus. On lui avait offert le quadruple, aujourd’hui il devient demi portion. Que de rapports et de proportions pour un sans-norme claquant son modèle d’humanité sur la marge des sans castes. Le Dieu du Christ et celui de Gandhi doivent probablement bien se connaître …

 

 En ce moment, l’esprit des eux me fait plonger dans les méandres de celui d’un pauvre petit moine tchèque, ridicule lui aussi, son par son origine morave, mais bien par sa stupide culture. Un homme de foi, un homme de Dieu, un petit Christ, un chrétien, quoi. De lui, on ne souvient ni de sa bure, ni  de ses charmantes lunettes, qui témoignaient qu’à l’époque on pouvait être moine et botaniste, renonçant quoique assez élégant. Mais chacun aura un jour du apprendre sur les bancs d’école quelques cases d’un tableau mystique traduisant des lois liées à la transmission, mise à plat d’un héritage qui s’il passe par les hommes, passe aussi par les pois. C’est bien de cela qu’il s’agit à Pâques : d’une histoire de transmission. A Pâques il y a, comme chacun sait, passage, pont ou embarcadère, comme vous voulez. Ce quelque chose qui nous rappelle que Dieu nous a mis une histoire déroutante entre les mains, en attendant que nous découvrions ce que nous pourrions bien en faire. Avec Jésus ressuscité, Dieu a regardé le monde d’en-haut, et, sans un bruit, lui a dit merde au creux de l’oreille. Pas de chance, son fils nous avait incité à crier sur les toits tout ce que Dieu leur dirait, et c’est ce qu’ils ont fait. Les douze, Paul, les nouveaux juifs et les anciens païens forment bien les ancêtres de ce que nous sommes. Rongés par le doute, ne cherchant à voir dans l’Evangile qu’une paire de symboles en phase avec nos idéaux laïcisants, nous ne sommes pas si différents des apôtres … Quand Pierre veut vérifier que l’eau n’est pas truquée, il se montre aussi borné que lorsqu’il ne croit pas les femmes de retour du tombeau. Sans parler de Thomas, qu’on aurait bien giflé à cause de sa bêtise. L’Evangile de Marc nous ouvre à cette dimension : celle des apôtres choisis par jésus alors qu’ils sont stupides, pas formés, corrompus ou volages. La première Eglise, la primitive, la pure, devait pourtant ressembler davantage à un repaire d’anciens voleurs qu’à un collège de parfaits modèles d’innocence et de vertu. C’est sur cette Eglise que nous avons grandi. Non pour prolonger à loisir ce désir malsain d’être martyrs de Dieu, mais bien pour apprendre que l’Histoire – fût-elle sainte ou pas – est ce que nous en faisons. Comme dirait mon perroquet télépathe : « Nourrissez une poule et elle pondra. Chérissez-la, elle vous sourira ».

 

 

 

Ça tombe bien. Le nouvel œuf est arrivé. L’œuf primordial, celui de tous les mythes, tous les récits. L’œuf-magma qui engendra la terre, l’œuf-lingam qui nous montra le potentiel géniteur du Créateur. A pâques, on nous le ressert : en chocolat grâce aux campagnes de Milka, ou en version édulcorées, grâce aux batteries de Flandre. Cependant, c’est d’un autre œuf que nous tirons nos symboles. L’œuf-cocon, celui entoura d’un linceul un corps et une âme en devenir, pour nous les restituer comme jamais auparavant. Cet œuf-matrice proche des mères, celui qui attend et libère, celui qui protège puis relâche. Ou encore cet œuf blanc, sans tâche, impossible. Celui d’un absolu à la couleur qui n’est pas de ce monde. Celui d’une espérance sans forme ni odeur, avant qu’une fois cassé, il puisse nous livrer ses secrets. A ceux et celles qui n’auront pas encore compris pourquoi Jésus est Dieu et vice-versa, reprenons cet œuf. Cet-œuf mère, cet œuf-père, cet œuf-parent qui protège avant de l’offrir au monde. Et puis prenons l’œuf parfait, qui doit être cassé et doit couler et tacher pour pouvoir à son tour enfanter. Tout est dans l’œuf ! Par l’œuf, un nouvel œuf est venu. Par lui, nous pouvons être nous aussi, de nouveaux œufs, sans besoin pour cela d’être cassés. Vive l’Eglise de l’œuf !

 

 

 

Enfin, retenons encore notre souffle un instant pour nous pencher sur la question du renoncement dans la Pâque chrétienne. Comment en effet saisir ce sacrifice individuel au profit de tous, si ce n’est par les lumières d’un Marx, expert en la matière ? Renoncer à soi permet d’être libre pour l’autre. Une liberté qui s’arrête à sa propre dignité, si le renoncement est dirigé ; une liberté qui s’arrêterait avec la mort, si al présence de Dieu ne nous assurait pas de notre fin, en d’autres lieux. Marx comme Hegel n’avaient pas compris. Ils n’avaient pas saisi qu’avec le Christ naissait une able nouvelle, un espoir nouveau, une communauté utopique rassemblant les nés de nouveau. Un changement radical, en profondeur, par sacrifice, et surtout par amour. A Pâques, toute l’Eglise est fondée, est invitée à croire, à suivre, à témoigner. A Pâques chaque Eglise pourra regarder Jésus en face, et lui merci. Un mot d’enfant à Celui qui voulut que nous soyons comme eux, un sourire béat ridicule vers des Cieux improbables.

 

 

 

Lors des Rameaux, Jésus nous a bien montré que le ridicule ne tuait pas, la bêtise oui.

Votre prieur.

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Publié dans Les billets homaliques

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