15 - En mémoire de Noël 2005
Frères et soeurs,
Si vous m’aviez poussé un brin, vous auriez eu droit à vos deux billets homaliques hebdomadaires précédant ce message désormais traditionnel – ou du moins, à partir de cette année. Nombre d’entre vous ont rempli leurs appuis de fenêtres de maisons en plâtre ou de candélabres à sept branches, et je ne peux aujourd’hui que m’en réjouir. Parce que j’ai confiance en ces bons lecteurs que vous êtes, croyants fervents désireux d’avancer toujours plus au large sur les vagues d’une mer plutôt agitée ces derniers temps.
Récemment, Guy Martinot, éminent jésuite (ceci n’est pas un oxymore) nous rappelait que pour pourvoir apercevoir l’étoile de Starmania, cette inaccessible de Brel, celle-là même qui trônera au sommet de l’arbre de Noël, il fallait qu’il fasse nuit. Derrière le constat déstabilisant d’une approximative lapalissade, se dresse l’obligation de nous taire, devant le mystère que nous célèbrerons d’ici peu. Sans vouloir jouer aux néo-messianique, je ne vous apprendrai rien de nouveau en vous disant que notre monde semble avoir jeté le rideau sur beaucoup de pièces qui jusqu’alors rayonnaient par leur pertinence, et l’espoir qui s’en dégageait. Derrière les mots, la douloureuse avancée d’un progrès, qui envoie des hommes dans l’espace avant de pouvoir éradiquer la lèpre de cette Terre que nous partageons. L’avenir semble bien sombre, à en croire les flash d’infos et les Une des journaux du libraire. Pourtant, l’Evangile nous apprend que cette ténèbre est nécessaire, puisqu’elle nous fait voir où pointe le jour. Nous pouvons aujourd’hui et sans aucune prétention, avoir au moins eu la justesse d’esprit de regarder dans la bonne direction, ce qui ne prouvera en aucune manière que nous ayons touché du petit orteil un Dieu corporel enveloppé de langes pas encore synthétiques. Souvenez-vous : à la bonne époque, Francis Lalanne jouait le rôle d’un Joseph mielleux, absolument pas crédible dans son personnage d’ébéniste aux cheveux longs. Quelques années auparavant, on osait encore montrer au sein des cours de religion ces épisodes de la vie du Christ signés Zefirelli. Partout, la même parjure : une naissance divine où on aurait pu entendre les sittelles (quoique) chanter. Une saynète de fancy-fair, sans ces chameaux et troupeaux s’entassant dans la petite Bethléem. Sans la violence sonore d’un tel rassemblement, conjuguant des cultures de la parole autant que de la fête. Une image de Noël épurée, colorée, là où la poussière entre jusque dans les armoires des maisons, là où Joesph a du se sentir impuissant, là où ils durent chercher longuement, avant de pouvoir trouver un abri.
Frères et soeurs, Dieu est né au coeur de la violence. Une violence très relative, mais un germe de violence qui ne pouvait que grandir, à l’image des métaphores végétales de notre bon maître. Le Christ est né dans la paille, mais aussi dans la boue, dans la folie, dans la soumission, dans la bouse de boeufs. Se rappeler que le Christ est arrivé dans la merde, c’est nous rappeler également qu’il est venu pour nous en sortir. Dans ‘Détails de ce monde’, Jean-Claude Carrière disait : « Un enfant disait, pour parler du temps d'avant sa naissance : Quand j'étais encore mort ». Voilà bien de quoi il s’agit en ce nouveau Noël : d’une naissance qui annonce la mort, ou vu de l’autre côté du reflex, d’une mort mise au monde pour perdre toute sa valeur. Approchez des tableaux : dès sa naissance, le Christ est revêtu d’un linceul. Plus que cela, il semble narguer les mâchoires d’herbivores de son sourire divin. Des herbivores visiblement attirés par l’odeur la paille chaude, dans cette mangeoire qui jusqu’ici fût la leur. De plus, qu’est-ce qui est destiné à être mangé, si ce n’est ce qui se trouve dans une mangeoire ? La barquette à fourrages nous renvoie à deux volets essentiels de cette fête : son côté morbide, et son côté cannibale.
Réjouissons-nous, c’est Noël ! A commencer par cette mort dans la mangeoire, invitation à la croquer, avant qu’elle ne nous croque. Comment ? En réalisant que le Dieu nouveau-né est venu comme son antidote nous apporter l’espérance d’un au-delà de cette même mort : devant elle, tout croyant sourit, lui aussi, comme ce Christ résigné face à un destin … prédestiné. En faisant de notre mort un état de vie, le Christ nous renvoie à notre fin, comme à notre commencement. L’alpha et l’omega de chacun d’entre nous, qui assure d’une vie dans le néant prénatal, qui en assure d’une autre après le grand passage de la faucheuse. Que ceux qui souhaitent créer une nouvelle Eglise chrétienne de
Quant au côté cannibale de Noël, je ne vois pas pourquoi il faudrait s’en cacher. N’est-ce pas d’ailleurs une des fêtes où – même si l’on ne devrait pas – on mange le plus ? Buffon (totalement au hasard) nous l’avait déjà enseigné : le christianisme est cannibale ; même le dimanche, Dieu se donne à être mangé tout cru. Voilà bien le sens d’une vie qui défile tout à coup sous nos yeux en cette fête de Noël : une flèche de la destinée commune qui ne
s’étend plus entre passé et avenir, ni même entre vie et mort, mais bien entre bouche et … Bref.
Quand Salvador Dali paraphrasant Malraux et Marivaux au passage, nous annonçait : « Le prochain siècle sera comestible ou ne sera pas », c’est bien de cela que nous parlons. A l’heure où nous consommons radio et télévision sans modération, où Marc nous parle de source et de lac, où
Frères et soeurs, Dieu sait si je teins en respect l’homme en blanc chanté par Bachelet, celui-ci qui porta un prénom homonyme aux chants traditionnels anglo-saxons. Puisse dieu l’avoir accueilli dans sa Godmobile mariale. Passons. Attardons-nous un instant sur la condition dénonciatrice de Noël : là où le Christ fait enfant avant d’être fait homme comme le chante le credo, est présente sa dénonciation de notre condition, avec tous les outils qu’il faut pour la transformer. Suivons son exemple, et dénonçons à notre tour, les rigueurs de l’hiver comme ses injustices, mais aussi ces patrons sans scrupules qui comme primes de fin d’année, osent offrir à de vieux collègues un licenciement qui les entraînera dans ce que beaucoup appellent détresse. L’exemple d’aujourd’hui nous montrera sûrement que, comme il existe des hommes d’Eglise, et des gens de Dieu, il existe également des hommes qui parlent de Dieu, et d’autres qui le vivent. Porter le col de l’Evangile ne
devrait jamais nous faire oublier que l’Eglise n’est rien sans Bible. Une évidence pour les petits fidèles que nous sommes, un oubli pour certains clergés trop attachés à leur étiquette. Dénonçons encore et toujours, et tant pis si ce n’est pas très chrétien. Osons montrer du doigt cet autre homme en blanc, installé dans son trône, qui a rendu légitime le délit de discrimination sexuelle. Ce même homme qui a osé (voir un des précédents billets) offrir des bonus de salut aux jeunes des JMJ et de Taizé, qui avaient déjà compris l’arrogance d’un telle proclamation, en terre luthérienne qui plus est. Le pape sourit, le pape sourit et c’est bien. Il condamne les idoles et les statues faites des mains d’hommes, au moment où on encense Notre-Dame de Fatima à Lisbonne. Il condamne l’évolutionnisme, les mariages homosexuels, les attentats, et tant d’autres. Pour les habitués de Google, qui relève sur le Web les occurrences d’une même expression, Benoît XVI condamne presque 10.000 fois, alors que Dieu, seulement 2000 et quelques. Quand verrons-nous ce pape nous encourager, nous construire, nous proposer ? Nous attendons ce jour, en nous consolant avec cet affreux catéchisme affirmant que l’Eglise catholique est la seule garante de salut … Et puis quoi encore ?
Frères et soeurs, après Pâques, Noël est la plus belle fête qui soit. Elle qui nous invite à redécouvrir un Dieu proche de nos maisons, et une humanité proche de nos familles. Si l’on rira des enfants
s’étonnant de trouver des crèches dans les églises, nous nous rappellerons que c’est d’abord chez nous que Dieu doit passer, avant de s’exporter vers d’autres pays à asservir. Dieu est un enfant qui grandit, avec nous. Un enfant pas toujours tout-puissant, pas toujours clair dans ses décisions, peut-être même un brin capricieux, parfois. Toutefois, ce Dieu est Celui qui a fait preuve d’une attention, d’un intérêt et d’un amour qu’aucun autre Dieu n’a égalé, du moins pas de manière aussi explicite. Dieu s’est offert, comme un enfant vulnérable. Certains lui ont donné à manger, certains l’ont visité, d’autres l’ont rejeté, ou abusé de lui. Enfant précieux avant d’être Dieu, le Christ nous invite à regarder nous aussi, de quelle manière nous traitons nos enfants. Ces enfants qu’on exhibe à la télévision dans des tenues pas permises il y a 50 ans pour des femmes matures ; ces enfants qu’on manipule, qu’on fait entrer en compétition, qu’on aveugle de paillettes et de starlettes en bikini. Ces enfants qu’on force à grandir trop vite. Notre humanité en est au même point : elle grandit trop vite, élaguant au passage les branches les moins aptes à suivre le rythme. Mais le monde oublie cette Nature que Dieu nous a donné : nature qui nous montre qu’un arbre sans branches tôt ou tard s’effondrera …
Frères et soeurs en Christ,
Vous qui avez fait comme moi le pari de croire que Dieu est toujours à nos côtés, vous qui priez avec vos frères pour que tous puissent rencontrer ce Dieu si loin de nos souvenirs de catéchisme à la vavite, je vous offre toute cette paix que Jésus lui-même nous invite à partager. Une paix qui n’est pas cette notion rose bonbon, mais ce travail à abattre pour qu’elle puisse être partagée. Soyez des témoins, et parcourez les routes, avec dans votre coeur et esprit, toute la joie d’être au service d’une cause plus grande qu’un monde à la déroute. Soyez accueillants envers tous, et travaillez sans cesse à ce que l’Eglise unique de Dieu puisse enfin voir le jour, 2000 ans et quelques après sa venue. La foi n’est pas un don, et encore moins un acquis. Elle n’est que le souhait profondément divin de voir le
monde enfin réuni avec son origine.
Je prie pour que vous aussi trouviez votre paix et origine, par la grâce de Dieu, et par le Nom de Jésus. Que Dieu vous bénisse vous, et votre entourage, et qu’il puisse vous être un solide appui pour la nouvelle année qui s’annonce.
Rappelez-vous qu’on est pas chrétien parce qu’on porte une croix, mais parce qu’on sourit à chaque passant, comme un enfant. On est pas chrétien parce que l’on porte un col ou une mitre, mais parce que l’on donne, sans rien attendre en retour, comme le chantait l’illusionniste qui crut trouver la liberté dans la fuite d’un monde pas assez beau pour lui …
Joyeux Noël !
Votre dévoué pasteur, et prieur.