Billet homalique du 18 mars 2007
18/03/2007 Le billet homalique de frère Benoît Frères et sœurs, Si le Christ de compassion nous invite à prendre sous l’aile de la miséricorde l’ensemble de nos frères, qu’ils soient grands ou petits, assurés ou malmenés, nous faisant nous-mêmes caritas envers l’humanité, l’Evangile de ce dimanche nous rappelle toutefois les limites de la tolérance. Une paire de versets ô combien bouleversants, puisque détruisant le bienfondé d’une grâce destinée à tous. Au sein de ces quelques phrases s’annonce un des thèmes les plus récurrents de la théologie : tous seront-ils sauvés ? A côté des caricatures d’un enfer enflammé s’affiche donc celle d’un salut promis à tous. Regardons d’un peu plus près le début de Luc 13 : « Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu'elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Voici donc que le Christ se rend devant les disciples, menaçant des pires fins ceux et celles qui ne convertiront pas ! Un des multiples passages de l’Ecriture repris par maints évangélistes zélés, comme arme de terreur vis-à-vis des populations les moins érudites. Tous pêcheurs, tous coupables ? Evidemment que non. Si le Christ menace de la sorte, c’est sans doute pour mieux redire combien la conversion est une nécessité dans la vie de tout homme de foi. Une conversion perpétuelle, diront certains. A raison. Car la conversion est avant tout synonyme d’un changement radical d’attitude, d’esprit, et bien avant tout cela, de cœur. Et ce cœur tourné vers Dieu ne peut que s’alimenter davantage aux sources même de la divinité de Dieu pour se nourrir de cette force, que par son Fils il nous transmet. Une force déclinée en autant de termes cachés sous de vagues notions, comme la pitié, la compassion, la caritas, plus globalement l’amour, la solidarité, et tant d’autres ! Tous ces comportements ne peuvent être authentiques que s’ils trouvent leur source et leur légitimité en Dieu. Par là-même, le Christ ne nous menace pas, mais nous met en garde. Que vaudrait en effet une vie de chrétien sans cette profonde exigence de conversion ? Que vaudraient nos engagements et nos valeurs, s’ils ne se réfèrent, toujours, à la radicalité évangélique ? En Isaïe 8,6, nous trouvons le récit de la chute des habitants de Siloé. Et, grande surprise, ce n’est pas la tour qui s’effondra qui les fit périr. Mais bien les eaux de Siloé, à la fois rappel du Déluge et incarnation d’une puissance royale se manifestant contre les sujets. Dieu, par le Christ, nous invite donc à relire cet épisode, dans lequel chacun verra qu’avec le mépris de Dieu arrive la déchéance du cœur de l’homme. Avec le mépris du Christ arrivera sa gloire, avec le rejet de Dieu s’affirmera davantage la foi des peuples en Lui. En outre, Siloé nous renvoie à la piscine du même nom, dans laquelle Jésus envoya l’aveugle se lava les yeux (Jean 5). « Envoya » : Siloé signifie précisément « envoyé ». Cet envoyé, c’est naturellement le Christ Jésus, envoyé et oint par son Père pour apporter une voie de réalisation et de bonheur à toute l’humanité ; une voie conduisant à la purification et à l’apogée d’un règne d’amour. Mais cet aussi cet aveugle, dont le regard obscurci ressemble au nôtre. Par nos égoïsmes, nos a priori, nos certitudes, nos yeux ne voient plus, notre esprit ne se vivifie plus, notre cœur ne s’ouvre plus. Avec l’Evangile de cette semaine, le Christ nous invite dès lors à être nous aussi, des envoyés. Non pas des aveugles à al recherche d’un pouvoir ou d’une tour de gratitudes éphémère, mais bien des envoyés oints par le Seigneur, et consacrés par Lui pour annoncer sa Bonne Nouvelle. En mettant en parallèle les eaux de Siloé et la piscine du même nom, le Christ inscrit l’aveuglement de l’humanité, et sa guérison, dans une continuité dont il est le chapitre suivant et final. Avec Lui, l’homme peut enfin voir de nouveau. Il a donc en sa possession toutes les clés pour que ne lui soit reproché d’aller à l’encontre de la volonté divine … Ainsi, à notre égard, Dieu nous offre une chance de réussir notre humanité, de nous faire ‘Dieu’ comme Lui, au sens où les Pères de l’Eglise l’entendaient. A regarder l’actualité de près, le monde nous donnerait volontiers l’impression d’être ce figuier malade, fou, en proie à la décrépitude, à l’avenir sombre. Un état de fait qui ne doit pas nous entraîner vers une vue pessimiste de l’avenir, ni ne doit nous faire crier trop vite à la fin du Temps. Dieu attend de nous que nous portons du fruit, autrement dit, que nous soyons ‘fertiles’, co-créateurs et pleinement participants au plan de Dieu. Que ces métaphores et parabolent nous invitent à devenir plus actifs et plus attentifs à nos proches, à l’étranger, à l’Autre, à Dieu. Pour que son plan se réalise à travers nous, humble dépositaires d’une réconciliation … mondiale ! Ora et labora, Frère Benoît.
05 Eh bien non, je vous le dis ; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière. »
06 Jésus leur disait encore cette parabole : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n'en trouva pas.
07 Il dit alors à son vigneron : 'Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n'en trouve pas. Coupe-le. A quoi bon le laisser épuiser le sol ?'
08 Mais le vigneron lui répondit : 'Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier.
09 Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. Sinon, tu le couperas ».