2 - En mémoire du 14/06/2004

Publié le par Votre Prieur

Frères et Sœurs,

Voilà un bon bout de temps que vous attendiez ce billet, que j’espère inspirant. Prendre le temps semble être un concept fort étranger à ceux qui en font le mieux sa promotion … Mais qu’importe ; une certaine Eglise vient à l’instant de m’accorder l’indulgence plénière de mes fautes passées et à venir. Bref.

Il n’y a pas si longtemps, nous avons la joie de célébrer, dans l’intimité de la solitude, la frustration du célibat, ou la petitesse de nos communautés paroissiales la fête de la Sainte Trinité. Un Père, un Esprit, et un Fils. Trois pour le prix d’un, voilà bien qui ait déjà donné à se battre entre théologiens ou partisans du débat stérile. Pourtant, la notion mérite fort que l’on s’y attache, tant elle fonde l’une des caractéristiques de la foi chrétienne. Une seule essence, une seule nature, une seule substance diraient les puristes ; à la fois dans trois personnes distinctes.

 

 

Ousia : 3 = hypostase. L’équation est claire, et peut-être trop.

Depuis que les Christadelphians s’efforcent de démontrer que le Fils n’est que l’envoyé du Père, et non pas Lui-même incarné, bon nombre de corps ecclésiaux se sont entretenus à réaffirmer le caractère unicisant de la Trinité. Une Trinité partagée, mais non divisée, entre Dieu créant, Christ sauvant, et esprit frappeur. Comment dès lors ne pas s’étonner que natures et volontés aient engendré de si nombreux schismes ! Rappelons-nous tout d’abord que Dieu est bien au-delà des concepts ; ainsi, s’il est Père, ce n’est pas parce qu’il aurait ce qu’il a offert à Adam, mais bien parce qu’il est géniteur, créateur du monde ou du moins de ce qui lui aura précédé. Dans cette optique, Dieu est premier. C’est le ‘primus inter’, cause originelle, existant à part entière. Puis Dieu vint rassurer l’Homme, en prenant sa condition : le Fils devint ainsi la part de Dieu qui se fit Homme pour mieux aller à sa rencontre. Pas un Fils engendré - ‘non pas créé’- mais une possibilité d’existence pour Lui au sein des exigences de la matérialité. Quant à l’Esprit, décrié ou adulé, il semble être le pont, entre charismes presque matériels et identité parfois trop abstraitement spirituelle.

 

 

 

 

La Trinité se fête, paraît-il, et ce sans doute parce qu’elle est en elle-même un résumé, un condensé de toute l’histoire du salut. Sans le Père, pas de Fils, ; sans le Fils, pas d’Esprit. Sans le Créateur, pas de monde libre tombé en perdition, pas de nécessité de rédemption, pas d’outils divins à la portée des hommes. La Trinité , mes amis, est bien plus qu’un Tout compris par ses parties. Elle est une acceptation du caractère omnipotent de Dieu, qui comme il l’a souhaité, peut bien revêtir d’autres formes que celle que nous lui devinons.

 

 

 

 

Ainsi, la Trinité est un récit, une histoire, une chronologie. Avec Dieu vint la promesse, avec le Fils celle-ci se réalisa, avec l’Esprit, elle devint nôtre. C’est pour cela qu’il nous appartient aujourd’hui de nous approprier cette Trinité, non pas pour la réduire à nos blêmes existences, mais bien pour la comprendre en tant que modes d’existences. Si l’Esprit nous conduit au Père par le Fils, nul doute que nous intéresser davantage à cette personne oubliée - si ce n’est de nos amis charismatiques – pourra nous mener vers de bien beaux pâturages …

 

 

 

 

INTERLUDE

 

 

 

 

Ce dimanche, nous commémorons le Saint-Sacrement. Aïe.

 

 

Moi qui croyais que dans le mot sacrement était déjà présente la notion de sacré … La redondance frise le pléonasme, et tout le monde s’en cure les ostensoirs. Un saint sacrement : pouvez-vous me citer un seul sacrement qui ne le soit pas ? Tout sacrement est rendu saint, puisqu’il fait appel à la bénédiction de Dieu. L’Eucharistie devrait-elle en recevoir une double portion ? Passons ce point légèrement litigieux pour entrer dans le vif du sujet. Je crois que personne ne contredira l’idée selon laquelle aucun rite ne permet l’accès au salut, puisque seule la foi en Christ sauve. Pourtant, pour la doctrine catholique, se nourrir du symbole d’un corps et d’un sang semble primordial … Tout instant de vie passé en mémoire du Christ, toute action menée sous le regard de Dieu est sacrement, disent encore aujourd’hui les Quakers. Pendant ce temps, les Luthériens s’agitent, en instaurant la Cène comme une des conditions au salut. Ne faudrait-il pas envisager un ‘ni trop, ni trop peu’, comme le préconisent les plus instruits des protestants ? Même s’il est fort probable que le partage de la Pâque pût être un merveilleux parallèle avec le sacrifice du Christ, l’important restera que Jésus nous invite à faire de même.

 

 

 

 

C’est-à-dire ? Faire mémoire de son sacrifice rédempteur en restant unis au nom de qu’il a accompli pour nous. Partager le repas des noces d’avec Dieu avec notre communauté ou notre entourage. Jésus ne s’invite-t-il pas chez chacun avant tout pour manger ? La semaine dernière, un prêtre ouvrier m’a avoué ne pas considérer l’eucharistie comme une chose si importante que cela. J’aurais tendance à modérer son ambition, même si je me dois de reconnaître que un rite fait toujours signe.

 

 

 

 

Frères et sœurs, la question cruciale qui définira notre approche de l’eucharistie tient en une ligne : comment comprendre, qu’alors qu’aucun rite ou aucune célébration n’ait de portée surnaturelle, que l’eucharistie communément instituée veule s’imposer comme une méthode humaine d’appel divin ou comme un geste miraculeux sensé changer l’eau … en eau ? Mes amis, ne versons pas dans l’alchimie lorsque nous parlons es choses de Dieu. Si le symbole véhiculé dans l’acte peut dire tout le sens de la venue de Dieu sur Terre, alors efforçons-nous de le poser en référence aux textes qui semblent l’instituer. Mais laissons, je vous prie, les théories ferventes de néologismes en tous genres aux dévots avides de magique. Lors d’une eucharistie, si le cœur des priants se trouve en Dieu, il sera fort probable pour que celui-ci soit là, présent. Mais ô grand jamais un morceau de pain ne pourra se targuer de faire descendre Dieu sous prétexte qu’il se trouve dedans. Ceci sans parler du côté paradoxal du sacrifice que représente l’eucharistie : pourquoi répéter un sacrifice réalisé une fois pour toute l’humanité ? De quelle prétention peuvent bien se nourrir ceux et celles qui osent prétendre rendre grâce à Dieu en mettant chaque semaine son sacrifice en scène ?

 

 

 

 

Frères et sœurs,

 

 

Je crains de devoir m’arrêter ici. La haine est un des ressentiments qui m’aveuglent par trop, et il me serait impossible d’avancer sans franchir les barrières de la tolérance religieuse. Mais vous l’aurez compris : la foi chrétienne est une histoire de concepts, de signes, de symboles. A nous de veiller à ne pas nous engluer dans tout ce qui viendrait faire obstacle à notre cheminement. Comme j’aime à vous le répéter, jésus s’adressait simplement, à des gens simples. Autour d’une table, il mangeait et partageait ; autour d’un puits il discutait et s’abreuvait. Qu’avons-nous donc fait de cette simplicité, de cette innocence, de cette humilité si propre à l’Evangile, pour que nous défendions des pratiques aussi insensées qu’elles souhaitent donner du sens ?

 

 

 

 

Priez sans cesse, nous envoie saint Paul. Arrêtons d’en faire trop, et essayons de nous recentrer un minimum sur un petit peu. Un petit peu d’audace, un petit peu de rites, et une foi immense en Dieu. Lui seul sera la condition. Et à l’approche de l’été, osons changer de cap, affronter les décisions, déménager, divorcer, s’embarquer, voyager, et entreprendre un véritable chemin d’évasion … vers la conversion.

 

 

 

 

Alea jacta est !

 

 

 

 

En union de prière,

 

 

Votre prieur                   

 

 

         

 

 

 

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