1 - Ô Trinité - en mémoire de 2004

Publié le par Votre Prieur

Ce dimanche, nous fêtons la Sainte Trinité. Expression aussi ambigüe que possible, dès lors que l'on sait que le mot 'trinité' en lui-même ne fut pas une seule fois cité dans les textes (canoniques) bibliques. Qu'est-ce dès loors que cette Trinité, qui par son caractère unique, s'arroge le droit de porter majuscule ? Une triplice, une triplication, une variation tripartite d'un même thème, identitaire dans ce cas-ci. Dans sa seconde lettre aux Corinthiens, Paul de Tarse nous rappelle les qualités de chaque personne, à savoir le Père, le Fils et le Saint-esprit; tout en nous conviant en douceur à ne pas réserver ces caractéristiques à la seule persone concernée. le processus identificatoire des personnes se retrouve dès lors face à une équation mathématique qui araît sans issue. Dieu est Un, mais Dieu est trois. Chacun est ceci, mais Dieu est tout cela. Derrière le reproche d'une vaine tentative d'explication aux allures de métaphysique bon marché, une des plus vieilles théologies du monde : celle du caractère à la fois immanent et transcendant de Dieu, celle d'une même 'essence divine' apparentée à la source d'eau vive commune à ces trois membres. Jésus envoyé par le Père, Jésus qui est Dieu : Dieu serait-il schizophrène, ou omniprésent au point se matérialiser en des lieux, qui sait, peut-être simultanément ? La question n'est pas là : la nature de Dieu et de son Fils a déjà fait couler beaucoup de sang; préservons-nous d'alimenter ce flot indigeste d'encre noire. 

A l'heure où j'écris ces lignes, ma collègue croit lire dans ce Ô le symbole d'une masculinité stylisée. Une beau lapsus visuel, pour exprimer l'équilibre bisexuel de toute chose. Ainsi ce titre, que la féminité de la trinité vient contrebalancer avec la masculinité du Ô. Le yin et le yang n'ont pas été inventés, ils n'ont été que découverts. Poussons le bouchon plus loin : que représente la féminité ? Un même rond, parfait et infini, un ventre prêt-à-porter, un oeil qui regarde et pleure, affublé d'une croix qui prudemment vient occulter la condition d'existence de l'humanité. Une croix, femelle, qui nous rappelle que les clercs sont les fils et serviteurs d'une femme et d'une mère, l'Eglise, dont ils portent la crosse recroquevillée : croix pliée sous le joug de l'autorité féminine, croix symbole de la castration volontaire de ses fils ...

Ô sainte trinité, que n'avais-tu placé la femme dans ton équation ? Aveugles que nous sommes, elle était là, LA trinité, Sainte et Mère. Le concept n'est pas la chose, et comme dirait un de mes collègues, tant va la chèvre au chou qu'à la fin elle se casse. Une aberration parmi tant d'autres qui n'aura de cesse de nous plonger sans fin dans des discours que seule la raison tente de maintenir dans le vrai. La sainte Trinité, sainte parfaite et universelle, en est le bienheureux exemple...

 

Sincèrement,

Votre Prieur

 

 

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Publié dans Les billets homaliques

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