19 - En mémoire du 20/10/06

Publié le par Votre Prieur

Frères et sœurs,

Vous n’êtes pas sans savoir que d’ici quelques jours puisque parler en semaines ne nous est plus permis, nous entrerons dans une période ô combien synonyme de récompenses bien méritées, autant que l’on puisse déjà vendre la peau des chrétiens de Bruxelles avant de les avoir exhortés. Depuis de nombreux mois, le clergy-system fait ses braves ouailles les colporteurs d’un défi forcément fédérateur ; un défi qui mobilise les disciples du Christ depuis son ascension : aller, de par les places et les parvis, annoncer la réalité de Dieu, évidence pour les uns et doute confirmé pour les autres.

Ainsi donc les catholiques se sont-ils mobilisés, autour d’une opération portes ouvertes, vitrine de ce que l’Eglise a produit de mieux depuis de longues années : des communautés culturellement riches et spirituellement matures, des services d’aide humbles et efficaces, des lieux propices au recueillement et l’accueil de nos frères d’autres traditions et religions. En ce temps de croisade pacifique, rappelons-nous que l’humilité devra toujours être la première de nos forces ; une humilité qui prend sa source dans l’abandon de soi et de ses possessions à Dieu, tel que nous le propose l’Evangile choisi pour ce modeste billet.

Regardons-y d’un peu plus près : «  Et comme il sortait sur la route, un homme accourut, et, se jetant à genoux devant lui, il lui demanda : Bon maître, que ferai-je afin que j'hérite de la vie éternelle ? Et Jésus lui dit : Pourquoi m'appelles-tu bon ? Nul n'est bon, sinon un [seul], Dieu. Tu sais les commandements : Ne commets point adultère ; ne tue point ; ne dérobe point ; ne dis point de faux témoignage ; ne fais tort à personne ; honore ton père et ta mère. Et répondant, il lui dit : Maître, j'ai gardé toutes ces choses dès ma jeunesse. Et Jésus, l'ayant regardé, l'aima, et lui dit : Une chose te manque : va, vends tout ce que tu as et donne aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel, et viens, suis-moi, ayant chargé la croix. Et lui, affligé de cette parole, s'en alla tout triste, car il avait de grands biens. […] Jésus, répondant, dit : En vérité, je vous dis : il n'y a personne qui ait quitté maison, ou frères, ou soeurs, ou père, ou mère, [ou femme], ou enfants, ou champs, pour l'amour de moi et pour l'amour de l'évangile, qui n'en reçoive maintenant, en ce temps-ci, cent fois autant, maisons, et frères, et soeurs, et mères, et enfants, et champs, avec des persécutions, et dans le siècle qui vient, la vie éternelle ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon Dieu, quelle perspective ! Ainsi donc, quoi que nous fassions, nous n’en ferons jamais assez. Pas très réjouissant. Heureusement, les autres Evangiles sont là pour que nous nous consolions : Jean nous rapporte la parole suivante : « En vérité, en vérité je vous le dis, celui qui croit en moi aura la vie éternelle ». Ouf. Nous voilà donc bel et bien sauvés, rachetés de nos erreurs passées et à venir, pour peu que nous ayons une foi solide. Mais qu’est-ce qu’une foi solide, me direz-vous ? Peut-être celle qui consiste à regarder nos propres convictions en face, celle qui effleure le nom du Seigneur des lèvres, dans l’espoir d’être entendu. Car toute vie spirituelle est corollaire d’un combat qui nous dépasse : celui de notre moi le plus profond et de nos aspirations parfois largement déraisonnables.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelle est en effet la légitimité de celui qui parle de Dieu comme d’une morale incarnée en la personne d’un bête prophète d’une bourgade perdue au milieu des troupeaux ? Ne ferait-il mieux de se demander plus simplement si son ‘oui est un oui’, ou son contraire ? A l’époque de la permissivité organisée, du tout défendable parce que ‘c’est mon choix’, je vous invite, mes amis, à davantage de circonspection. Profitez donc de cet événement pour vous mettre à jour ; car les certitudes ne sont véritables que lorsqu’elles sont sans cesse remises en question, réétudiées, retravaillées, réexaminées. A la lumière de la foi (facile à dire), mais peut-être d’abord à la lumière d’une prière qui, même à travers le doute et le silence, deviendra régulière. S’il n’est pas opportun de parler de fruits de la prière, il reste toutefois honnête de pouvoir parler de ses nombreux bénéfices. Et qu’on ne vienne pas me taxer de théologien de la prospérité, hein ! Le give-to-get, très peu pour moi …

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette semaine, deux braves enseignants se sont entretenus avec moi de la violence intrinsèque du système scolaire, et de ses clones présents dans le chef des différents acteurs de l’école, tant élèves qu’enseignants. Rien de bien nouveau, si ce n’est l’utopie proposée par ces deux révolutionnaires : construire une école en rénovation, faire faire à l’école sa révolution culturelle. Comment ? Par le biais d’un modèle, loin de toute bureaucratie, hiérarchie, espoirs de compétitivité et citoyenneté. Un modèle basé sur la relation. Ça nous fait une belle jambe. Pourtant, il est vrai que là où l’humain prédomine, le reste va de soi ; là où la relation s’installe, confiance et amitiés ne tardent jamais à apparaître. C’est tout con, et c’est déjà la Bible, ben tiens. Car pour le Christ, si la Loi qui fait norme est nécessaire, cette Loi-là n’est pas une réalité juridique, mais bien une relation. D’amour, qui plus est. Voilà le plus grand des mystères du christianisme : la liberté, l’épanouissement, la gestion de conflits, la réussite, la prière sont tous fruits d’une relation équilibrée. Une relation d’appréciations mutuelles, d’encouragements réciproques, de respect partagé. Une fois de plus, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Pourtant, la terre tourne toujours plus fou, toujours plus flou, toujours plus fol. Lorsque Gandhi s’amusait à faire du chantage affectif avec toute l’Inde en entamant une grève de la faim pour que les peuples arrêtent de se battre, il ne faisait rien d’autre que de montrer à quel point l’attachement à une personne peut sauver des vies (méditez, méditez).

 

 

 

 

 

 

 

 

A quel point le sacrifice, en amour, est également nécessaire. Car, par votre foi, vous perdrez sans doute des amitiés, vous perdrez peut-être crédibilité ou confiance. Pourtant, soyez rassurés : cela ne durera pas. De temps à autre, lorsque toute situation semble partir au précipice, un grain de sable fait que les pôles s’inversent, et que chaque chose reprenne sa place, attendant un bref instant que nous prenions le relais. Bienheureux hasard ou providence, à vous de choisir. L’Esprit est à l’œuvre, même si l’expression fera sursauter certains. J’en étais où ? Ah oui, ma chute : si nous croyons lire à travers les versets le triste constat d’un Dieu qui trouve que nous n’en faisons jamais trop, nous pouvons aussi affirmer que rien n’est trop grand comme sacrifice à Dieu.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le message central de l’Evangile est que Dieu veut notre bien, et qu’il nous le fait savoir. Sachons attraper cette perche, et réaliser enfin qu’il nous offre un salut bien loin des flagellations et des conditions de toute sorte. Abandonnons juste un peu d’orgueil, un peu d’ego, un peu de faux-semblants et un peu d’hypocrisie en cours de route. Sans vous faire le blâme de la métaphore montgolfière, tous vous saurez qu’un bagage qui perd du lest est plus léger. Et combien de vies ont pu être reconstruites, réenvisagées, ressuscitées, grâce à l’abandon des plus lourds de ces fardeaux ! Essayez pour voir.

 

 

 

 

 

 

 

 

Allez, la leçon est terminée pour aujourd’hui ; rejoignez vos foyers, vos travaux, vos autos. Aimez, partagez, et soyez heureux !

 

 

 

 

 

 

 

 

Gloria Deo !

Votre Prieur

 

 

 

 

Publicité

Publié dans Les billets homaliques

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article