4 - En mémoire du 15/06/2005
Frères et sœurs, Dans les années ’80, un illustre inconnu au nom célèbre avait eu la bonne idée de se rendre au Paraguay. Son ambition ? Relater sur pellicule la plus profonde humanité des jésuites menant à la foi de pauvres ruraux tout à fait consentants. Le film ‘the Mission’ était né, le premier d’une magnifique série de films populos à tendance catho, dressant la façade légèrement ravalée d’une institution qui ne s’en mord plus les doigts depuis longtemps. La mission, le thème de ce dimanche. Une mission qui nous rappelle la belle époque, celle où les fils spirituels de Léopold se faisaient servir leurs moules-frites par de fidèles et loyaux esclaves, volontaires sans aucun doute. On leur a parlé de Dieu, comme Jésus nous l’avait demandé. On a parcouru les nations, témoignant par nos actes de notre propension à la bienveillance universelle. Trop tard, les rebelles du maquis sont arrivés, et, peu de temps après, ils sont revenus, flambants neufs dans leurs costumes trop bien repassés de télé-évangélistes bon marché. Entre les deux, 100 ans, ou bien 200, peu importe. L’histoire n’aura pas de début, et n’aura pas de fin. Amen. Frères et sœurs, si les Actes n’ont pas de fin en soi, c’est bien parce qu’il s’agit là de livres de bord qui nous laissent des pages blanches à compléter. « La mission est la messe du peuple », disait Marx. Et il avait peut-être raison. Sauf qu’à prendre les moutons pour des épis de blé, on troquerait sa Bible et ses sandales pour une moissonneuse légèrement plus performante. Arrêtons-nous d’ailleurs, si vous le voulez bien, sur deux mots. Le premier : ‘Evangile’ ; la nouvelle des nouvelles, le scoop à colporter, l’annonce de l’année passée si chère aux évêques. Qu’elle est-elle, cette nouvelle ? Jésus-Christ est ressuscité. Et merde. Manquait plus que ça. Sauf que lâcher cela sans donner un mode d’emploi, c’est un peu comme dire que la nouvelle année commence à Noël sans aller donner 20 cents à un petit black en plâtre. Actes. Paf, presqu’une syllabe, pour désigner le vrai langage de notre foi. Une foi qui s’incarne pour pouvoir être offerte.
A la lumière de ces deux mots, que retenir de cette mission ? D’abord son objet : la nouvelle. Ensuite sa manière : le témoignage. Logique et implacable, me direz-vous. Sauf qu’aujourd’hui, tout le monde connaît Jésus. Tout le monde se fout de la gueule des Témoins de Jéhovah ou ricane à propos de la statuette qui clignote de mère-grand. Alors quoi, on aura tout essayé ? On s’arrête là ? Ben non, sinon, je n’ai plus de boulot.
La mission est dure, mes amis, et représente une charge dont vous n’avez pas idée. Quelle responsabilité Jésus nous a-t-il confié … Etions-nous convaincus ou dignes à ce point ? Rit-il de nous en ce moment ou pleure-t-il chaque soir dans son lit sur la petitesse des hommes qui n’ont rien compris ? Ouvrons les yeux, il a encore eu une bonne idée. Rappelez-vous les bons petits étrangers : eux, aujourd’hui, ont compris. Et voici qu’ils arrivent chez nous avec le même espoir de que nos ancêtres, nous faire rencontrer le Christ à nouveau, nous amener dans une relation authentique avec Celui qui les a envoyés. Peut-être qu’avec un peu de chance, nous nous laisserons séduire, peut-être cela nous ramènera-t-il au temps de notre catéchisme, quand on y croyait pas vraiment, mais qu’on allait à la messe quand même. Sans doute serons-nous alors de nouveau fiers d’être chrétiens, et que nous le crierons sur tous les toits, après l’avoir entendu au creux de l’oreille. Les non-européens seront fatigués, et il faudra alors aller les relever.
La mission est un cercle sans foin, une histoire qui se replie sur elle-même avant de s’étendre au Christ cosmique si tendre à Pierre Teilhard de Chardin. La belle conclusion de tout ceci ? Elle est très simple : tour à tour, nous sommes évangélisateurs, puis évangélisés. Aujourd’hui, où en est-on alors ? Ne sommes-nous pas dans ce temps où il serait bon de tendre l’oreille et d’écouter ce que le monde et ses plus fidèles vivants de
Votre Prieur