5 - En mémoire du 02/09/2005
Frères et sœurs, Après quelques semaines de repos bien mérité (du moins, pour certains d’entre nous), nous voici ensemble repartis sur les chemins quelques peu dissidents de la foi. Ce dimanche, nous lirons avec grande attention Matthieu, ce petit publicain donneur de leçons, qui a opté en milieu de vie pour une reconversion dans l’écriture. Cinq petits versets ridicules à se mettre sous la dent, une dent plutôt aiguisée semble-t-il. « 15 Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère. 16 S'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes afin que toute l'affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins ». Et bien bravo, ça c’est ce que j’appelle l’Evangile. Le pardon des péchés mis en pratique, la compassion active, l’oreille attentive … un extrait plutôt cocasse que celui-ci, qui résonne plus comme de la parole d’homme que de Hérésie que voici ! Toute parole de Bible est inspirée par Dieu. Quoiqu’en Paul, on nous dise qu’elle fût inspirée par l’Esprit. Dieu et Esprit, pareils et mêmes ? Le débat serait trop long, et m’ennuie d’avance. Bref. Au catéchisme, on nous apprenant à aimer nos ennemis, à leur offrir notre joue droite, et toute une série de prescriptions évangéliques toujours plus évidentes à dire qu’à faire. Aujourd’hui, que nous dit Matthieu ? Mets le nez dans sa merde à ton frère s’il agit comme un con. S’il t’écoute, tant mieux. Sinon, ramène des potes, et il comprendra vite. Visiblement, les bals de village devaient déjà exister à l’époque. A moins que Matthieu fût l’un des premiers leaders d’opinion du monde chrétien. Mais après tout, jésus n’en fut-il pas le parangon ?
Devant la verve de cette rentrée fructueuse, mon esprit s’égare. Parce que mes valeurs soudain se maquillent, et prennent les traits de règlements de comptes si chers à certains livres de l’Ancien Testament. Faire ce qui est juste est toujours synonyme d’agression pour celui qui ne voit pas en quoi la situation relève de la justice. Comment donc être à ce point arrogant, pour pousser son voisin aux limites de son erreur ? Pire encore, comment encourager toute délation à l’Eglise de quiconque ne respecte pas ses injonctions ? le peuple de Dieu serait probablement toujours derrière les verrous, à ce rythme-là. Toutefois, « tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel ». Comme quoi César n’a jamais le dernier mot. Hommes de bonne foi : à force de vouloir faire le bien, souvent on provoque le malheur. Sachez donc qu’en votre vrai Royaume, tout ceci ne tiendra plus. Vous croyiez détenir la vérité ? Dieu la balancera au milieu des flammes. Aviez-vous la prétention de mener les âmes vers le bien ? C’est peut-être la vôtre qui sera châtiée. Derrière la promesse d’en rendu de tout à
Juste le souhait évangélique de voir chaque homme guider l’autre, dans un respect qui parfois, doit user de l’audace. Une invitation à une justice toute relative, qui ne trouvera son aboutissement que dans la vérité de Dieu. Un appel à la responsabilité de l’homme pour chacune de ses actions, placées sous le regard de Celui qui l’eut créé. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux » : la fin de l’extrait choisi pour ce dimanche est plus que non-innocente : elle nous rappelle qu’au milieu de toutes nos actions, au milieu de tous nos fantasmes verbaux paramasturbatoires, le pivot est là. Le seul. Et à la limite, qu’on le veuille ou non.
Tremblez, bonnes gens, votre Dieu est un Dieu qui toujours est. Est. Lourd. Présent. A jamais.
Allez en paix, tout de même.
Votre Prieur