6 - En mémoire du 13/09/2005
Frères et sœurs, La consternation ne m’empêchera pas d’aller plus loin dans la délivrance que vous propose mes petits billets. Consternation, devant le retour des pratiques d’une Eglise qui se prétend elle-même universelle. Ainsi, lors des très chères et très médiatisées JMJ, ce cher Benoît a-t-il assuré, aux JMJistes et à leurs familles d’accueil, de recevoir une indulgence plénière. Le Vatican n’en démord pas, et pour cause, puisque c’est lui qui en est à la source. Qu’un petit bavarois en culotte de cuir prenne ses fantasmes pour des réalités, passe encore. Mais qu’une curie ou je ne sais quelle autre section vaticane puisse appuyer cette décision a tout de même, vous en conviendrez, quelque chose de révoltant. Le pape était en visite dans la patrie de Luther, ce brave Luther qui placardait en son temps sur tous les murs des églises que les indulgences étaient un mal injustifié contre lequel se révolter. N’avons-nous donc rien retenu de l’Histoire ? Mes amis, nous voici en plein Moyen-Âge, où en pensait davantage à baiser le sacro-saint manteau de l’évêque qu’embrasser Celui qu’il portait en croix. Innocent ou coupable, mon confrère ? je me refuserai à toute tentative de jugement ; car il sera jugé, celui qui ose juger son prochain. Toutefois, on ne peut décemment pas dire qu’il fit dans la délicatesse : visiter Lutherland sans penser à aller saluer les luthériens, voilà qui relève de l’absurde. Un peu comme si j’allais porter l’Evangile en Inde, entouré de 8000.000 groupies, sans penser à aller faire coucou aux amis de Krishna.
Peu importe finalement, aujourd’hui, nous avons du courrier.
Saint Paul, dont nous savons qu’il fut littéralement désarçonné de découvrir Dieu, écrit à Timothée. Son brave et tendre Timothée, dont on ne saura jamais réellement ce qui a bien pu se passer entre eux. Connaître et comprendre. Vivre pour approcher : la foi est bien une affaire de conditions, jamais monnayables néanmoins. Timothée, Benoît, vous et moi : du pareil au même. La lettre de Saul-le-converti, nous ouvre sur « le seul qui possède l'immortalité » : hommes de peu de foi ! Croyiez-vous donc l’avoir déjà obtenue ? Le baptême n’est pas tout, la référence à
Nous y voilà à ce fameux pardon, celui qui aurait du faire le principal tenant du billet de la semaine dernière arrivé seulement aujourd’hui.
Serions-nous prêts à pardonner à un homme qui, au regard de sa foi, proclame à tous la rémission payante de ses péchés ? Serions-nous assez responsables pour offrir, au nom de Dieu, la partielle absolution à pareil homme qu’on jugerait bien éloigné de la foi ?
Dans mon enfance, on m’avait appris à me méfier des actions faites au nom de Dieu. Il y a quelques années, un certain Georges m’a appris que si c’était pour Dieu, on pouvait mettre aller se faire bronzer les barquettes sous le soleil d’Afghanistan. Qui croire ? Peut-être celui qui, comme nous le dit Paul, « habite la lumière inaccessible ». Difficile pourtant, de s’en remettre à quelqu’un dont on ne sait pas même où le joindre. « Lui que personne n'a jamais vu, et que personne ne peut jamais voir » : là, je m’arrête, et savoure en silences ces mots qui traduisent ma petite part de doute. Moïse n’y a-t-il pas eu droit ? Jésus ne nous en a-t-il pas partagé le témoignage ? et que dire des Témoins, qui, chaque samedi, me montrent un arc-en-ciel en prétendant que j’ai Dieu sous les yeux chaque jour ?
« Ils ont des yeux, ils ne voient point » : peut-être qu’à l’heure où Paul écrivit sa lettre, il devait déjà songer à rédiger ses cartes de vœux…
Personne ne pourra jamais voir Dieu. Voilà le triste message de Paul. Triste ? pas vraiment : voyons cela comme une invitation à la prudence : que personne n’ose se targuer d’avoir vu Dieu, n’en ayant aperçu qu’un sublime éclat. Comme dirait mon cousin joaillier, tout ce qui brille n’est pas de carbone. Tout ce qui ressemble au divin ne l’est pas forcément, et Dieu n’est peut-être pas celui qu’on croit !
Dans cette jungle d’aveuglements, comment trouver son chemin ?
En suivant une autre lumière ; celle qui nous fait sourire autour d’une table, ou pendant un enterrement. Pas ce sourire dû au vin ou à la poëllée, ni à l’amertume du souffre ; ce sourire vrai et entendu, qui n’est jamais exprimé par une seule personne.
Qu’on se le dise : chercher à voir Dieu ne pourra que nous en éloigner. Car Dieu est un animal malade de la folie des hommes qui cherche à pouvoir se laisser réapprivoiser. Prenons donc le temps, et acceptons nous aussi, comme Dieu, de nous faire tous petits. C’est comme cela, et comme Lui, que nous parviendrons à grandir enfin.
L’humilité et la sincérité ne ferons jamais le poids devant l’ignorance et la bonhomie des extrêmes, puisqu’elles les écraseront dans un silence presque parfait. Un silence bien loin de ces blablas hebdomadaires, un silence qui pourrat même bien porter un nom. Le Nom.
Votre Prieur