8 - En mémoire du 02/10/2005

Publié le par Votre Prieur

Chers frères, chères sœurs en Christ,

Ce dimanche, nous nous penchons sur la douloureuse question du qui-a-fait-quoi. Un problème épineux qui nous renvoie irrémédiablement à la question tout aussi tranchante du pourquoi, et pour qui. Ainsi donc, il se trouva ce vigneron un peu débile, ou tout du moins assez stupide que pour confier son domaine à des étrangers. J’attends toujours de voir Depardieu me confier ses vignes, histoire de voir si je vais m’en montrer digne. Ou d’attendre que Catherine Deneuve sonne à ma porte pour me refourguer son caniche. Imaginez : une vigne, c’est pas rien. Ça s’entretient, ça demande des heures de boulot, ça s’aime. Quelle idée a donc traversé » notre ami, lorsqu’il confia son bien à des jobistes dont la vocation ne nous renseigne sur leurs intentions ? Bonne question. Peut-être est-ce la confiance, ou l’innocence, l’indifférence ou l’inconscience. Toujours est-il que ce propriétaire nous est présenté par notre bon Jésus comme le Père Lui-même, nous refourguant sa vigne en attendant de voir ce que l’on en fait. Un test ? Un entretien d’embauche ? On verra cela comme on voudra. Et voici que le gars se ramène de voyage, et demande les fruits du labeur des autres… même pas foutu de venir lui-même. Ce qui me vient à penser qu’il eut quelques doutes quant au résultat de son pari : le proprio était donc au courant. Le défi ne tient plus, le pari est biaisé. Car les ouvriers - dont on ne sait à quelle heure ils arrivèrent - suivent leurs élans, c’est bien connu.

Le Père savait. Evidemment, puisqu’il est omniscient. Ce qui n’empêche qu’il souhaitait voir ; sans doute espérait-il un revirement de situation, peut-être a-t-il cru, un instant, que ses brebis allaient rejoindre le troupeau. Pas de bol : une fois de plus, l’espèce humaine l’aura déçu.

La parabole du jour ressemble plus à une fable pour enfants qu’à une métaphore pour laquelle nous nous devons de faire travailler nos méninges : Dieu a envoyé ses prophètes, qui n’ont pas fait leur boulot tout à fait correctement (c’est que Dieu semble exigeant). Ensuite, pour être plus convaincant, il a envoyé son Fils à Lui. Comble du comble, ils l’ont tué aussi. Résultat des courses ? L’Evangile joue la carte du mystère, en nous disant : « Tant pis pour vous, je réessayerai avec d’autres ». Hein ? L’homme se réveille en sursaut et dit : « Quoi ? Dieu ne veut plus jouer avec nous ? ». Et Dieu lui apparut : « Ecoute bien, mon gars : primo, ce n’est pas un jeu. Secundo, tu as perdu ».

Je n’ai qu’une chose à dire : bravo. Si Dieu nous offre la liberté, il espérerait quand même avoir quelques mercis en retour. Jusqu’ici, notre réponse semble limitée à son invocation lorsque femme trompée s’exclame en découvrant son mari. Si l’Evangile nous travaille ce dimanche, c’est bien parce qu’il nous remet à notre place. Son thème principal rejoint celui de la semaine passée : que faisons-nous de ce qui nous est donné ? Mais la question porte plus loin aujourd’hui, puisqu’elle nous renvoie au propriétaire des choses qui sont données. Inutile de vous faire un dessin, ce qui nous est offert vient forcément de quelqu’un. Si vous offrez une plante à quelqu’un, n’aimeriez-vous pas savoir si elle est toujours en bonne santé quelques mois plus tard ?

Dieu est un bon jardinier, quoiqu’on en dise. Et si on pourra lui reprocher ses tsunamis et autres cyclones aux prénoms fort féminins, ce ne sera que pour mieux contempler son œuvre, qui, à notre image, est imparfaite. Blasphème ! Hérésie ! Dieu aurait-il créé le monde de manière imparfaite ? Peut-être bien que oui. Ou que non. Dieu créé l’homme et la femme à son image : libre. Ils jouissent de cette liberté pour défier Dieu. Résultat : ils se sont enfermés tous seuls dans une création qui finalement, ne leur sied guère. Pourquoi ? Parce qu’elle aussi, est libre. Libre d’être une nature déchaînée, libre d’être meurtrie par ceux qui l’ont soit-disant dominée. Qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas l’Homme qui a fait de la création ce qu’elle est aujourd’hui. Seul son jugement a changé. Car la création est parfaite. Pourquoi ? Justement parce qu’elle permet l’imperfection, et le libre-arbitre de la création elle-même.

Sortons de cette bauge pour revenir à nos sangliers ; la création attendra bien.

Qu’est-ce que Dieu attend de nous ? Qu’on bâcle nos chances de faire naître en nous un semblant d’humanité ? Qu’on se ferme aux discours que Lui-même nous envoie ? Qu’on ne prête même plus attention à l’album photo que nous tend le Maître chaque jour ? L’exhortation est facile, et quelque peu précalibrée. Toutefois, il n’est jamais trop tard pour faire éclore une fleur dont les graines auraient été entreposées au fond d’un tiroir. Que c’est joliment dit … Sûrement pas ! Qu’on parle de graines ou de semences, de vigne ou de moisson, deux constantes : le végétal, et la patience.

Car la vie est un roseau qui plie mais ne se rompt pas. Mais avant qu’elle devienne ce qu’elle est, il lui faut du temps …

Car Dieu est un vieux chêne, qui regarde du haut de ses branches les petits bourgeons que nous sommes, avoir la curiosité d’un papy qui voudrait bien deviner quelles surprises lui réservent ses petits-enfants.

Mais Dieu n’est ni sénile, ni gâteux.

Conclusion de notre histoire : il ne faudrait pas le prendre pour un con …

Votre Prieur

 

 

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