9 - En mémoire du 05/10/2005

Publié le par Votre Prieur

Frères et sœurs en Christ,

L’Eglise de ce monde va bien mal. Tout a commencé avec ces fameuses JMJ, où jeunes et moins jeunes vivaient cette parabole honteuse d’un peuple de Dieu en pleine communion de prière, tout aussi enclin à partager les bouteilles d’une Allemagne plutôt brassicole. Le Grand Brasseur avait failli faire déborder la coupe, alors qu’il prononçait le mot ‘indulgences’, indulgences à la fois dénoncées et protégées de manière très confuse cette semaine par un rédacteur d’hebdomadaire catholique. Pour contrer cette orgie naissante, il fallait relever le niveau, et remettre le train sur les rails, par un abrégé des dogmes qui en fait sursauter plus d’un. Bordel sur la montagne : le théologien s’indigne, et les évêques réagissent, en tout cas par la biais d’une procuration un peu trop osée. Pour clôturer le tout, on célébra en grandes pompes une journée qui n’a de chrétienne que le nom, par le plantage médiatique de la vitrine de l’Eglise, bel exemple d’une institution ancrée dans les exigences de la modernité. Frères et sœurs, l’Eglise semble avoir trop mangé qu’elle en a vômi. Du moins ses fidèles, qui pourront toujours compter sur l’Islam pour passer à l’action. A l’heure où le cardinal compare l’Islam et le Judaïsme aux comportements païens, taxant ces derniers de prier devant un mur lisse et sans reliefs – bonjour le monopole chrétien de Dieu ! – cette même chrétienté s’embourbe, pour ne présenter au monde qu’une version peu digeste de sa foi. Chrétienté ? Pas vraiment ; christianisme plutôt, puisque l’ère du clergé comme fondateur sociétal est belle et bien révolue. Une question s’impose alors : « Quand s’en rendront-ils compte ? ». Visiblement, pas avant que tous les discours n’aient été pondus sur la bien nommée société sécularisée.

L’Eglise a trop mangé, et son ingestion pourrait bien être contagieuse.

Heureusement, et comme nous ‘annonce Isaïe ce dimanche : « le Seigneur, Dieu de l'univers, préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés ». En gros, la recette idéale pour les lendemains de veille difficiles. Eh bien, non. Car que sont quelques mets à côté des nourritures essentielles que nous propose Dieu ?  Juste une faim à combler, de manière à être dispos, lorsqu’il « enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples et le linceul qui couvrait toutes les nations ». Le temps n’est pas encore arrivé, où tous pourront chanter ses louanges sans avoir peur de se faire lapider, où chacun pourra dire Dieu sans peur du mépris. Attendre, attendre, le temps liturgique ne nous demande que deux choses, et la première est attendre. On glande en attendant Noël, en faisant ses courses de père du même nom. On patiente jusque Pâques, parce qu’après tout, la famille viendra s’empiffrer avec nous. Dieu est alimentaire, ne l’oublions pas : la sainte cène est là pour nous le rappeler.

La seconde chose qui nous est demandée est la participation. Attendre ensemble, c’est déjà entamer un brin de causette en attendant que le bus passe, c’est encore savourer ce désir de ce qui n’est pas encore. Alors, si ce temps idyllique du linceul enlevé et de la joie retrouvée n’est pas encore annoncé, allons-nous attendre sans rien faire, en espérant qu’une intelligence comme celle de Dieu nous bénisse pour notre passivité ? Il est grand temps de se bouger.

Dans l’Evangile de ce dimanche, « Jésus se remit à parler en paraboles » :  une fois de plus, voici l’évangéliste qui, apparemment, n’aime pas trop ce genre d’histoires. Pour faire court, et parce que je ne doute pas une seule seconde que vous irez lire par vous-mêmes, le roi invite à ses noces bon nombre d’invités, qui connaissant le peï, n’en ont cure. Alors le roi dit à ses serviteurs : 'Le repas de noce est prêt, mais les invités n'en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce.' Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils rencontrèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. Et voilà, le tour est joué. On se croirait dans une fable de Noël préparée par les premières classes du catéchisme, eh bien non, la parabole s’adresse bien à nous. Dresser la table et inviter ceux qui en ont besoin plutôt que d’engraisser des convives qui sont déjà au bord de la crise cardiaque est très louable ; Jésus Lui-même le conseille. Quoiqu’en réalité, je doute que vous osiez aller ramasser la racaille avec nos potes de l’Armée du Salut pour les asseoir dans vos nouveaux fauteuils d’Ikea. Pas de bol, les housses blanches étaient moins chères.

 

 

Loin de moi l’idée de vouloir vous servir une morale bon marché ; quoiqu’il ne faille pas toujours accorder de la valeur à quelque chose pour qu’elle en ait une. Bref. Les premiers versets de l’Evangile du jour nous parlent du Royaume de Dieu, qui est comme ce roi. Dieu est donc celui qui a tout dans son frigo, et qui nous invite pour pas un balle à son festin de roi. Le problème est que, comme les convives, nous sommes déjà bien trop gras, trop cons ou trop sourds que pour pouvoir entendre l’invitation. Certains de nous l’auront entendue, bien sûr, mais auront prétexté quelque excuse pour ne pas venir.

 

 

 

 

Mes amis, Dieu parle encore, mais si nous sommes sourds, il y a peu de chances que ça marche. Il sera toujours très facile et finalement très pratique de s’en faire sa propre idée, de prendre de Dieu ce qui est à notre mesure. Le fast-food religieux est une pratique presque encouragée de nos jours. Pourtant, si nous trouvons l’audace d’ouvrir l’Evangile plutôt que d’en lire de bien piètres commentaires, si nous nous remettons à prier, ou en tous cas, à essayer de prier, nous découvrirons alors un Dieu bien loin des tables et des festins, bien loin des indulgences et des catéchismes abrégés.

 

 

 

 

L’exhortation est facile, mais justifiée. Taper sur le dos de Dieu ne peut se faire que si on lui a parlé d’abord. Comme pour toute critique de spectacle, il faut en avoir vu au moins un bout avant de pouvoir en dire quoi que ce soit.

 

 

Entre le festin d’Esaïe et celui du Roi des Rois, je vous souhaite, à tous et toutes, un très bon appétit !  

Votre Prieur

 

 

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Publié dans Les billets homaliques

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