10 - En mémoire du 12/10/2005
Frères et sœurs, Enfin, il est né ! Dieu n’avait plus permis cela depuis à peu près 2005 années. L’Emmanuel nous est venu, Dieu est de retour en son pays ! Ah, quelle bonne idée ont eu ces nobles chapardeurs, en nommant leur bel enfant d’un nom qui porte les hommes par-delà leurs limites … ‘Emmanuel’ vient de l'hébreux "Im' anachnu Elohim ", devenu, en raccourci "Im anu el". Soit ‘Dieu avec nous’, ou encore ‘Dieu au milieu de nous’. Une éthymologie décapante, lorsqu’on sait qu’en France, c’est au centre du pays que se concentre ce prénom, que je porte avec fierté. Dieu au centre, voilà bien un constat qui ne date pas d’aujourd’hui, mais qui fait pourtant défaut. Dieu n’est plus au centre, mes amis, mais bien sur le bord de l’autoroute, dans les toilettes d’un motel ou au fond d’un placard, pleurant de ses pages effritées sa prochaine disparition. Dieu n’est plus au centre, parce que nous l’avons mis de côté. Peut-être était-il trop exigeant, ce Dieu de notre enfance. Sans doute n’a-t-il pas été si facile que cela à approcher, ce Dieu que nous avons fait sur mesure. Mais quand même ! Aujourd’hui, les chrétiens se retrouvent en politique, jusqu’à dicter leur propre système scolaire : au revoir, Darwin ! On les voit en mission au Darfour, en Arabie Saoudite, et même au cœur de cette Somalie que tout le monde a déjà oublié. Qu’est-ce qui a changé ? Aujourd’hui, nous ne trouvons plus rien de commun avec ces gens qui placèrent Dieu au centre. Beaucoup diront même qu’ils ne doivent pas avoir le même Dieu que nous … Un peu facile, non ? En ces temps primitifs, où la sauvagerie du bush est remplacée par un protagoniste du même nom, les idées brillent, et se propagent. On démocratise la science, on la vulgarise, on la dit infuse pour mieux nous la faire boire. On nous en fait des magazines, des émissions spéciales, des cartes gratuites dans les journaux. Idem pour le football, nouvelle messe dominicale, qui rassemble avec ferveur ceux que la liturgie ne fait plus vibrer. Tout s’expose pour mieux s’imposer, s’immiscer, se propager. L’information est devenue aujourd’hui la nouvelle lèpre du petit peuple, noyé sous des tonnes de lettres qu’il ne peut pas même suivre. Et le message chrétien là-dedans, où est-il ? Lui aussi, est relégué dans le bas-côté, tout juste bon à soulager les consciences et les cœurs de ceux qui se sentent concernés. Avons-nous réussi à propager l’Evangile jusqu’aux extrémités de la terre ? Sans doute, mais peut-être pas des bonnes façons. Avons-nous réussi à le faire grandir, fructifier ? Hélas non : nous avons en Occident un peu trop vite planté les graines d’une idée, avant que la terre des oreilles ne soit prête à la faire germer. Aujourd’hui,j nous voici donc à devoir rentrer dans le jeu des autres : vulgariser, propager, devenir une maladie qui sauverait l’espèce. Cette période du monde n’est pas nouvelle, elle remonte même au 6ème siècle. Comme aujourd’hui, il fut appelé "le siècle d'or de l'esprit" parce que se sont mêlés, sans même le savoir, des courants de pensées, des communications en tous genres, des messages publicitaires avant la lettre. Après les Upanishads de l'Inde vint Chacun emprunte son chemin, disait Théodore Monod, pour gravir la montagne dans l'espoir de se retrouver ensemble au sommet, dans l'éclat de la vérité. Comme le prônent les unitariens, « notre chemin est celui du libéralisme théologique et philosophique ». Un chemin choisi et assumé, qui traduit en réalité un état de fait et de société indubitable. Au sein de ce ‘nouveau libéralisme’, qui ne serait plus politique mais bien idéologique, ou théologique, où nous situons-nous ? Vibrons-nous encore un tout petit peu bien au fond de vouloir partager avec l’Autre ce qui me différencie de lui ? La première lecture de ce dimanche nous rappelle que les empires sont dans la main de Dieu, même si Matthieu nous fait parler Jésus en remettant empires à César, et le reste à Dieu. Inconciliable ? Pas pour autant. Parler de Dieu peut se faire partout, y compris en politique. Mais il ne devrait jamais en devenir une. Un exemple qui, je crois, pourra nous ouvrir à Celui à qui tout revient. Celui qui est Le chemin de tous les chemins, ce Dieu postal qui envoie ses lettres depuis toujours à ses correspondants bien-aimés. Alors, pourquoi ne pas retailler sa plume, et se remettre à l’ouvrage ? Attendrez-vous que de bien prétentieux prédicateurs tels que votre serviteur parlent à votre place ? Ou oserez-vous lever la voix, demain, et après, pour faire entendre au monde ce que Proximus déguise bien mal ?
Votre Prieur